Resident Evil 4 (2005)

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2005, gros changement de cap. Resident Evil tel que nous l'aimions aura duré moins d'une décennie avant d'opérer une rupture brutale avec un Resident Evil 4 survolté.

Jeu du siècle pour les uns, massacre d'une licence pour les autres, cet épisode particulier continue de faire couler de l'encre. Portrait d'un sale gosse attachant.

Test rédigé par Manoir.

Cherchez l'erreur

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Sur le recto de la jaquette, aucune équivoque possible, c'est bien inscrit "RESIDENT EVIL 4".

C'est déjà moins évident quand on lit ces lignes au verso : " oubliez le survival horror, oubliez l'ancien gameplay, oubliez les zombies, oubliez tout ce que vous connaissiez de Resident Evil".

Allons bon. La logique de l'absurde.

On va donc avoir droit à un jeu qui n'aura plus rien à voir avec la saga dont il porte le nom?

Etrange, tout de même. Mais bon, on nous avait promis une révolution, pour une fois ça n'a pas l'air d'être un vain mot. Voyons voir ce que donne le jeu...

Ah, ils vont m'entendre à l'office du tourisme!

Le virage négocié est en effet spectaculaire!

Finis les cadrages fixes, ici nous avons droit à une 3D intégrale du plus bel effet! C'est magnifique, fluide et détaillé (on peut voir bouger les feuilles des arbres!). La caméra est désormais placée à la hauteur de l'épaule droite du personnage (Leon Kennedy, de retour en plein forme depuis RE2), qui permet d'appréhender impeccablement l'action. Rien à redire, c'est du bon boulot!

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Mais très vite, sans même avoir eu le temps de se familiariser avec le jeu, nous voici soudainement projetés au coeur d'une action qui nous dépasse.

Encerclé par des villageois agressifs, rapides et déterminés à avoir notre peau, on commence à faire parler la poudre, mais ils sont si nombreux qu'on est contraint de fuir.

Seulement rien à faire, ils sont toujours à nos trousses, arrivant par vagues de partout, absolument partout, nous traquant sans répit, même là où l'on se croit à l'abri!

On est complètement déstabilisé, on ne sait plus quoi faire.

Cette séquence est magistrale car elle renoue avec l'effet de surprise totale, on est complètement désemparé, privé de repères, on ne connaît pas encore bien la façon de réagir de nos adversaires, on est seul et démuni, acculé (avec un A, hein) par une horde indéfectible.

Et ça, c'est génial!

"Voilà l'enfoiré qu'a mis les pieds dans la sauce!"

A l'évidence, si jusqu'à présent Capcom s'était bien appliqué à faire le funambule entre action et aventure (cf test de REØ), Resident Evil 4 rentre méchamment dans le lard, optant pour l'action déjantée.

On savourera pour l'occasion le tout nouveau gameplay mis au point, extrêmement souple pour un Resident Evil, allié à cet indéniable sens du rythme, qui nous font enchaîner les actions avec une fluidité remarquable.

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On court, on tue, on peut sauter ou grimper sans passer forcément par une échelle ou un escalier, grâce à cette agilité toute nouvelle du personnage, on peut viser avec précision les différentes parties du corps des ennemis, on file des coups de latte, le couteau se sort sur une simple pression de touche sans occuper de place dans l'inventaire, et on peut recharger à la volée, enfin. Ça bouge et ça ne nous laisse que peu de répit. On est scotché à la manette et putain que c'est bon!

C'est de l'action pure, mais c'est vraiment tonique, réservant son lot de séquences d'anthologie (la cabane assiégée) et de morceaux de bravoure.

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Les Quick Time Events font leur apparition. Ce sont des séquences qui vous demandent réactivité et adresse, pour marteler les touches de votre pad indiquées à l'écran afin d'éviter le pire dans certaines situations précises. Cette invention est apparue sur le génial Shenmue, un simulateur de vie sorti en 2000 sur la défunte Dreamcast.

Grosse perturbation enfin avec la présence d'un marchand d'armes, qui vous permettra d'acheter ou de vendre armes et trésors récoltés pour gagner de l'argent et ainsi pouvoir acheter un équipement de plus en plus conséquent par la suite .

C'est bien le problème, justement...

La corrida, c'est plus c'que c'était

La première partie déstabilise et laisse perplexe, pour quiconque connaît un tant soit peu les rouages de la saga. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

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A commencer par le scénario, totalement en marge : Leon, passé du petit flic malchanceux de RE2 à agent gouvernemental surentraîné (Raccoon, un tremplin pour la police!), est envoyé pour sauver la fille du président des States, retenue prisonnière dans un petit village espagnol...

Hormis le fait que ce soit d'une cré-débilité à se cogner des barres de rire, ça n'a comme qui dirait rien à voir avec la choucroute.

Là où le bât blesse, c'est quand le concept subit une altération casse-gueule : les énigmes se font beaucoup plus timides, l'aspect survie cède la place à une action totalement décomplexée, les zombies ont disparu, et l'atmosphère peine à s'installer entre deux massacres interminables.

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Massacres au cours desquels tuer les ennemis rapportera de l'argent ou des munitions, encourageant ainsi le joueur à se livrer à un véritable génocide. Avouons-le, ceci va à l'encontre du concept d'origine, qui vous forçait plutôt à économiser vos munitions et engendrait de cette façon la peur. La licence Resident Evil tombe donc ici dans le "je vois, je tue", elle qui s'était échinée jusque là à casser cette routine du jeu vidéo.

Ainsi privé de tout ce qui faisait la quintessence d'un Resident Evil, le fan de la première heure a peu de chances de succomber au charme de Resident Evil 4, muté brutalement en simple jeu d'action, ou plus exactement en TPS (Third Person Shooter, shoot à la troisième personne).

Dans un contexte horrifique, certes, mais on est si loin des ambiances hypnotiques des premiers épisodes que ce n'est même pas comparable.

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Ce qui me dérange le plus, dans Resident Evil 4, n'est pas tant la place prise par l'action que ce côté ado rebelle qui veut tout foutre en l'air au point de renier ses aînés.

C'est l'univers qui en souffre le plus, n'offrant à présent plus aucune cohérence : on passe ici du paysan contaminé à l'Inquisition, avec un détour par le Seigneur Des Anneaux pour finir en guérilla survitaminée avec sulfateuses de la Mort et mitraillades dantesques.

C'est un vaste fourre-tout d'influences, maladroit, où l'on peut se permettre à peu près n'importe quoi à partir du moment où il y a un virus dans l'histoire.

Le principal étant d'enchaîner les séquences d'action.

On déplorera en outre cette quête d'identité que semble afficher RE4, avec ses multiples emprunts à droite à gauche : Tomb Raider avec ses haches gigantesques sorties d'on ne sait où juste pour vous faire chier, Metal Gear Solid avec ses dialogues codec barbants, et Shenmue, comme on l'a vu plus haut.

On peut donc constater la grande fragilité des liens qui unissent encore RE4 au reste de la saga, dont le concept, l'univers et l'atmosphère se trouvent ici totalement dénaturés.

Et pourtant...

Les voyages forment la jeunesse

Et pourtant, tout ceci est bien dérisoire et ne pèse pas franchement lourd face à l'intensité d'un plaisir de jeu qui répond indéniablement présent, sans cesse relancé du début à la fin.

Aussi ne pourra-t-on pas blâmer Capcom d'avoir bâclé son travail. Car Resident Evil 4 est avant tout un jeu d'une richesse rare qui réservera plein de surprises et dévoilera au joueurs ses petits secrets peu à peu, au fur et à mesure des parties.

Je dis bien "DES" parties, car RE4 possède un taux de rejouabilité hallucinant, grâce à ce nouveau système qui sauvegarde tout votre équipement de fin de partie pour recommencer l'aventure, bien mieux paré qu'au tout début!

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Le plaisir est en ça proche d'un RPG, où l'on commence tout petit pour finir surarmé et puissant.

Et malgré ce qu'on peut penser, on s'apercevra bien vite, si on décide de foncer dans le tas, que les munitions - pourtant abondantes - ne suffisent pas à faire face aux assauts épiques et continuels dont on est l'objet. Le gameplay reste proche du survival, avec aussi cette impossibilité de tirer en avançant.

Tout ceci forcera le joueur à élaborer des stratégies pour se débarrasser de ses adversaires, et je crois que c'est ce qui fait toute la force du jeu.

Dans un autre registre, si l'Espagne visitée ressemble bien plus au fin fond des Carpates qu'au pays de la tauromachie, c'est un mal pour un bien, puisque les environnements ont su conserver ce cachet rustique de film d'horreur, où l'on reconnaît sans mal la patte de Shinji Mikami, qui fait plaisir!

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Bref, on adore ou on déteste, mais c'est un jeu qui laisse une emprunte.

D'ailleurs si Resident Evil 4 semble se chercher comme dit plus haut, il est paradoxalement devenu une référence, créant un genre (hybride) à lui seul, qui inspirera bon nombre de développeurs par la suite. Pour ne citer que les plus connus, Dead Space et Gears Of War reprennent en l'améliorant le gameplay global de Resident Evil 4.

Oui-Oui et les joies de l'éviscération

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Connaissant parfaitement la version GameCube, j'ai voulu savoir ce que pouvait donner son adaptation sur Wii. Est-ce que ça peut réellement apporter quelque chose en plus?

La réponse est OUI. La maniabilité wiimote alimente le plaisir de jeu en rendant l'action et ses enchaînements encore plus fluides. On a presque l'impression de bouger avec son personnage, d'autant que le couteau est dorénavant accessible simplement en agitant la wiimote, sans même avoir à presser une touche.

Les Quick Time Events sont aussi beaucoup plus agréables à réaliser (agiter plutôt que de marteler), et surtout répondent bien mieux que sur la version GameCube, où j'ai souvent pesté lors du fameux combat au couteau contre Krauser.

Ça peut paraître être de l'ordre du détail dit comme ça, mais ça fait véritablement toute la différence, la jouabilité s'en trouve singulièrement transcendée.

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Et cerise sur le gâteau, le bonus Separate Ways, absent de la versionGameCube, est un apport considérable.

Déjà parce que ce concept de l'aventure parcourue d'un autre point de vue (celui de la très sex Ada Wong, en l'occurrence) rappelle avec bonheur les scénars parallèles de RE2 (dont on retrouve ici les personnages), mais en plus parce que ça confère au scénario un semblant de poids et de crédibilité dont il est cruellement dépourvu à l'origine.

Bref, que du bon sur cette version. Optez pour celle-ci!

Virage casse-gueule bien négocié mais qui laisse des traces

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La saga Resident Evil opère une coupe franche dans son concept en se tournant définitivement vers l'action. Le chose peut s'avérer décevante en soi, certes, mais le tournant est réussi.

La réalisation est impressionnante pour la première vraie 3D de la saga, le gameplay a acquis une souplesse inédite dont on découvre les multiples secrets peu à peu.

Jouissif, haletant, il ne laisse que peu de répit au joueur, qui enchaîne les parties avec délectation.

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On regrettera cette absence d'homogénéité au sein de l'univers décrit, qui nous fait passer d'une ambiance à une autre de façon pas toujours très heureuse, mais RE4 reste un jeu excellent, doté d'un taux de rejouabilité hors normes, un jeu riche.

Qu'on le veuille ou non, qu'on s'attriste de la tournure de la saga de Capcom ou au contraire qu'on s'en réjouisse, un constat s'impose : Resident Evil 4 a marqué sa génération et reste une référence.

Hélas, ce créateur génial qu'est Shinji Mikami ne faisant plus partie de Capcom, son talent risque de faire cruellement défaut à l'avenir.

VERDICT : 8/10

8

Les +

  • Une action sans cesse réinventée
  • Une aventure diaboliquement rythmée
  • Un taux de rejouabilité hallucinant
  • Le gameplay beaucoup plus souple qu'auparavant
  • Toujours ce cachet glauque
  • Accumulation de morceaux de bravoure
  • Une remise à plat spectaculaire de la licence

Les -

  • Plus grand chose à voir avec un Resident Evil
  • L'action qui prime sur le reste
  • Les énigmes font peine à voir
  • Le scénario totalement HS
  • Plus de zombies décharnés comme on les adorait