Resident Evil Ø (2002)

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En cette année 2003, alors que les aficionados se remettent à peine de l'impact Rebirth (LE Resident Evil), et tous les regards convergeant vers le renouveau percutant d'un Resident Evil 4 qui se profile à l'horizon, Resident Evil Ø sort en magasins.

Ainsi coincé dans un étau entre deux géants, Resident Evil Ø écope de la place la plus ingrate dans la saga et sera pour beaucoup de joueurs synonyme de déception ou d'indifférence.

Certes un cran en dessous des valeurs sûres, il reste pourtant le dernier épisode "old school" dans la saga de Capcom, et vaut la peine qu'on revienne dessus pour le juger à sa juste valeur.

Test rédigé par Manoir.

La SNCF ne prévoit pas de remboursement en cas de sangsues.

 

screen004Il a de très bonnes bases, ce Resident Evil Ø : préquelle à l'incident du manoir décrit dans RE1(ou Rebirth), on nous met aux commandes de Rebecca Chambers (personnage secondaire de RE1), venue enquêter aux abords de la forêt de Raccoon City sur un train brutalement envahi par des sangsues difformes. On peut d'emblée constater la même qualité graphique que celle de Rebirth. C'est-à-dire renversante.

La pluie qui tombe au travers des vitres du train, l'intérieur des wagons d'un réalisme époustouflant, des zombies toujours aussi magnifiques, c'est un régal renouvelé sur ce volet, avec en supplément quelques effets de scrollings (travellings horizontaux) sur certains décors. Peut-être même qu'il est un poil plus fin (la différence est minime), en tout cas il affiche les écrans d'inventaire et les objets à prendre de façon beaucoup plus dynamique.

Bref, pas de grande nouveauté au niveau de la réalisation, comme on peut le constater, mais à dire vrai, il n'y en avait pas besoin. C'est le nirvana graphique, comme pour Rebirth!

L'aventura, c'est la vie que je veux avec toaaaa...

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Capcom a voulu innover en proposant ce fameux système du partner zapping, qui consiste à voir évoluer un binôme tout au long de l'aventure. Deux personnages qui évoluent côte à côte, en l'occurrence, Rebecca et Billy Coen, dont le contrôle sera permutable à tout moment en fonction des situations.

Vous aurez ainsi à résoudre des énigmes en collaboration, qui sont pour la plupart bien pensées pour mettre en avant les capacités respectives des héros. Ça met du sel dans le gameplay, car il faut reconnaître que, jusqu'à cet épisode, les personnages usaient d'une logique imparable pour faire face au danger : se séparer par groupes de 1 dans les ténèbres meurtrières. Pour des troupes d'élite, ça la fout bien, tiens.

Resident Evil Ø se veut donc plus réaliste sur ce point. Un réalisme qu'on retrouve sur l'autre grande nouveauté : la disparition des coffres magiques. Désormais, vous prenez les objets ou vous les posez au sol en cas de besoin, vous les laissez où bon vous semble pour gérer au mieux votre approvisionnement. Un vent frais souffle sur Resident Evil. Reste à savoir si c'est une bonne chose...

Ils sont partis par ici ils repasseront par là, ils repartiront par ici... etc...

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C'est tout le problème : ces trouvailles sont bonnes sur le papier, mais beaucoup moins probantes une fois le pad en mains. Ceux qui n'ont jamais pu s'adapter au gameplay rigide d'un Resident n'ont aucune chance d'aimer Resident Evil Ø, pour la simple et bonne raison que c'est le plus laborieux à gérer. La disparition des coffres n'est clairement pas une bonne idée. Si le fait de pouvoir déposer ses objets à terre donne une illusion de souplesse dans un premier temps, on ne pourra par la suite que déplorer la dose éreintante d'allers-retours que ça ajoute!

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Car quelle que soit l'option choisie pour compenser l'absence des coffres, c'est la galère : soit on s'éparpille et il faudra sans cesse consulter sa carte pour savoir où on a laissé telle ou telle denrée, soit on choisit un emplacement particulier pour tous ses objets, et l'urgence nous contraindra régulièrement à retraverser les lieux pour aller s'approvisionner à l'autre bout de la map.

Dans tous les cas, ce sera des navettes incessantes pendant quasiment toute l'aventure. Autant dire que pour un Resident Evil qui comprend déjà beaucoup d'allers-retours à l'origine, c'est une erreur fondamentale. Si à côté de ça, le partner zapping n'est pas foncièrement désagréable en soi, c'est juste une dose d'encombrement en plus. Si bien qu'au final, l'équilibre du gameplay se voit plombé par une gestion lourde, laborieuse et omniprésente, plus propice à susciter la lassitude qu'autre chose. En outre, deux personnages armés face au danger pulvérisent pas mal le sentiment d'isolement et de peur.

Rappelons enfin que Capcom nous avait aussi promis de sacrées révélations scénaristiques, qui au final relèvent plus de l'anecdotique qu'autre chose. L'histoire est intéressante mais laissera le fana sur sa faim.

Que reste-t-il de nos amours?

screen005Le concept de Resident Evil, à la base, c'est le funambule qui évolue sur son fil tendu dans le vide. Dès qu'il y a déséquilibre, il tombe : d'un côté, l'action, de l'autre l'aventure.

Pour une fois qu'un Resident Evil flanche plutôt côté aventure, même si celle-ci comprend une gestion irritante, on aurait tort de s'en priver! Resident Evil Ø ne demande ainsi qu'un supplément d'investissement pour pouvoir apprécier ses vertus, nombreuses.

Car en dépit des défauts cités ci-dessus, on se prend finalement assez vite au jeu. L'aventure est captivante, répond encore aux critères d'origine sans avoir à en rougir. Et si la disparition des coffres pose problème, elle est partiellement compensée par le fait tout nouveau de pouvoir utiliser certains objets comme les soins sans avoir à passer par l'inventaire, au moment où vous les trouvez. C'est très pratique et ça manquait!

Et puis, Resident Evil Ø a une âme. Il n'a peut-être pas la poésie macabre de Rebirth, mais il remplit parfaitement son contrat en matière d'atmosphère glauque qui prend aux tripes. Les musiques sont parfaitement dans l'esprit Resident Evil, très réussies.

On savourera aussi les cinématiques, de plus en plus impressionnantes chez Capcom.

Resident Evil Ø en a donc sous le capot, ne le dénigrons plus!

Mea Culpa

screen001Pour tous les inconditionnels n'ayant pas trop encaissé Resident Evil Ø à sa sortie, mais qui sont encore plus déçus par la tournure actuelle de la saga, on ne peut que leur conseiller vivement de se replonger dans cette préquelle injustement boudée!

Car enfin, en dépit de ses tares, Resident Evil Ø est un excellent cru, à la réalisation aussi enivrante que Rebirth et qui reste le dernier épisode "à l'ancienne" de la saga, avec cette saveur unique que cela sous-entend.

L'aventure est intéressante, les énigmes prévues pour le binôme sont prenantes, l'atmosphère n'a pas grand chose à envier à ses pairs, donc très réussie, c'est vraiment un excellent Resident Evil!

A redécouvrir d'urgence!...

VERDICT : 6/10

6

Les +

  • On peut déposer ses objets au sol
  • La possibilité d'utiliser les soins sans passer par l'inventaire
  • L'ambiance digne de la saga
  • Tout le début à bord du train
  • Le dernier Resident old school

Les -

  • La disparition des coffres
  • Le gameplay le plus laborieux de la saga
  • On n'apprend pas grand chose de plus sur l'histoire
  • Des rouages qui commencent à accuser leurs limites
  • Arrivés dans le centre de formation, on s'ennuie