Resident Evil Rebirth (2002)

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Si l'année 2001 reste de sinistre mémoire, c'est aussi celle de la diffusion d'un trailer qui va susciter stupeur et fébrilité chez les inconditionnels de Resident Evil ! L'annonce d'un nouvel épisode est toujours un événement, mais là, que voit-on à l'écran?

LE manoir !... Le manoir Spencer, entièrement refait à neuf ! Capcom est en train de faire un remake de Resident Evil 1 ! On n'avait même pas osé en rêver que Capcom l'a fait! Surnommé "Rebirth" (renaissance), ce remake est un superbe cadeau que Capcom fait aux admirateurs, ceux qui vont pleurer de joie en voyant leur jeu culte à tel point magnifié par un lifting vertigineux !

Test rédigé par Manoir.

T'as d'beaux zombies, tu sais?

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Six ans après ce petit miracle que fut Resident Evil 1, son créateur, Shinji Mikami, décide de remettre au goût du jour son bébé, désormais mythique. Et autant dire que le résultat à l'écran est incroyable.

On trouvait Resident Evil 1 superbe, graphiquement photoréaliste? Rebirth va vite le reléguer au rang des breloques surannées tout juste bonnes à honorer les étalages d'un vide-grenier. Wouf!

C'est bien simple, les graphistes se sont lâchés! Chaque décor est une oeuvre d'art, une toile de Maître d'une beauté macabre sidérante, d'une richesse inouïe. Les effets de lumière sont d'une qualité irréprochable, les teintes superbes, la modélisation globale détaillée à l'extrême. C'est de la Haute Définition avant l'heure!

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Non contents d'un aussi brillant résultat, ils ont en plus incorporé des animations vidéo çà et là pour donner de la vie, pour renforcer le réalisme et l'ambiance de l'ensemble.

Désormais, la poussière vole des parquets quand on marche dessus, les insectes viennent taquiner les lampes, les feux de cheminée dansent, la flamme des bougies vacille, des ombres dansent dans un rayon lunaire passant par une lucarne, les herbes et les arbres bougent dans le vent, les murs des souterrains ruissellent d'un liquide répugnant... c'est un bonheur visuel de chaque instant, auquel nous avons droit. Il faut le voir pour le croire!

Mikami ne nous montre pas le manoir, il nous y transporte, allant jusqu'à décrire brièvement certaines odeurs, histoire de rendre l'immersion totale, implacable.

Les décors ne sont d'ailleurs pas les seuls à avoir subi cette refonte spectaculaire.

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Les personnages sont modélisés à la perfection, aussi bien du côté des héros que du bestiaire qui nous offre ici les plus "beaux" zombies jamais vus dans un jeu vidéo. Voire même dans le cinéma...

Bref, tout, absolument tout, a bénéficié du même soin extrême pour atteindre ce résultat sensationnel, qui reste une référence encore aujourd'hui.

Ultra réaliste sans jamais oublier d'imposer une identité artistique puissante, Rebirth s'avère d'une richesse visuelle inouïe, imprégné jusqu'à la moelle d'une atmosphère palpable.

Il réussit ainsi l'exploit de n'avoir pas vieilli malgré ses sept ans au compteur, ce qui est énorme pour un jeu vidéo.

Pour le ravalement, j'envoie la facture à qui?

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Le flacon est superbe, mais qu'en est-il de l'ivresse? S'attaquer à la réfection d'un mythe comme Resident Evil n'est en effet pas une mince affaire, les écueils étant attendus au tournant.

Qu'on refasse à l'identique ou au contraire qu'on bouleverse un peu trop une oeuvre aussi marquante, c'est le coup de fusil dans le pied, le clash.

Il convenait donc de trouver le juste milieu, et Mikami semble avoir parfaitement assimilé tout ce qu'on peut espérer d'un tel projet.

Chapeau, l'artiste! Car son remake n'est ni plus ni moins qu' exemplaire.

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Il réussit ce salto acrobatique impossible avec grand écart en réception : transcender littéralement tout ce qui faisait le charme de son aîné, rectifier ses quelques petites erreurs de trajectoire, tout en lui apportant un lot conséquent de nouveautés sans jamais trahir l'esprit d'origine.

A la fois innovant et respectueux, Rebirth parvient de façon magistrale à flatter les attentes les plus fébriles du joueur, son avidité pour les sensations contrastées comme seul un Resident Evil est capable de lui donner, tout en le surprenant, en le déstabilisant constamment.

Là où il fallait aller chercher telle clé pour aller dans telle pièce, ici ça ne marche plus de la même façon. Ou pas systématiquement du moins, histoire qu'on abandonne une partie de nos repères, qu'on se retrouve bloqué.

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Les énigmes ont toutes été repensées pour l'occasion, des nouvelles pièces et de nouveaux lieux font leur apparition, le cheminement varie de façon à toujours conserver cette part d'imprévu, indispensable dans un jeu de cet acabit.

Rebirth a ainsi été orchestré avec génie pour contenter aussi bien les nouveaux venus que les fans endurcis, qui seront ici en terrain connu, mais certainement pas en terrain conquis!

Et rien qu'avec ça, on peut affirmer sans crainte que le pari est gagné. Haut la main. C'est le bonheur absolu, la redécouverte d'un culte.

Manoir, mon beau manoir...

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Je ne vous ferai pas l'affront ici de dévoiler les surprises qui vous attendent dans ce remake, ce serait gâcher... la surprise, justement. Mais la question qui se pose concerne les améliorations autres que visuelles.

Globalement, la maniabilité reste la même, avec -ô joie- le demi-tour rapide intégré, des denrées qui s'amalgament automatiquement (voir le test de RE1 1996), et une carte des lieux revue et corrigée pour une clarté optimale : vous saurez facilement quelles pièces restent à visiter, celles où il reste quelque chose à faire, l'une des cartes les plus lisibles et confortables que j'aie pu voir dans ce genre de jeux.

Tout ceci allège et dépoussière joliment le gameplay.

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Vous pourrez aussi apprécier la refonte totale des séquences intermédiaires, dont les dialogues ne souffrent plus d'un second degré involontaire, à présent plus réalistes, plus en adéquation avec l'ambiance générale.

Les musiques s'inscrivent également dans cette démarche de réalisme, où les sons se font plus cristallins, se parent de relents symphoniques, sont globalement moins minimalistes qu'antan.

Musiques qui rectifie par ailleurs l'erreur de leurs aînées, en n'entamant leurs premières mesures qu'une fois les portes refermées.

On se souvient en effet que dans RE1, les musiques se déclenchaient trop tôt, alors même que le loading était toujours en cours, anticipant ainsi nos réactions sur ce qui suit... ce n'était pas trop le but, Mikami l'a parfaitement compris sur ce remake. Excellent point, le suspense s'en voit accru quand on entre dans une nouvelle pièce ou une zone inconnue.

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Et que dire des bruitages, qui atteignent ici une perfection absolue? Le bruit d'un pas lourd foulant un parquet grinçant et c'est pile poil dedans, les râles d'outre-tombe plus sordides que jamais... pas de doute, la bande sonore a bénéficié de la même attention jusqu'au-boutiste que tout le reste!

Deux niveaux de difficulté ont aussi été incorporé, aussi bien pour Jill que pour Chris et pour finir, quelques ajouts dans l'aventure alimentent le scénario qui gagne un peu en profondeur, notamment avec le personnage terriblement ambivalent de Lisa.

En résumé : du grand Art, tout simplement.

Espèce de petit insolent!

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Hé oui, c'est toute l'ambigüité d'une telle entreprise : le jeu est tellement mieux fait à tous points de vue qu'il flanque un méchant coup de vieux au Resident original! En ça, notre petit coeur de fan accompli pourra avoir des accès de mauvaise foi en privilégiant l'ancien, qui fut vraiment la découverte.

Durant ces accès de mauvaise foi, on se dira que c'est plus tout-à-fait pareil, que c'est plus le charme d'antan.

Que les musiques, par exemple, si elles sont plus riches, sont aussi moins mélodieuses, on les garde en mémoire moins facilement. Que les couleurs ne sont plus aussi chatoyantes. Que les ajouts ne sont pas tous à la hauteur de nos espérances, comme le passage en forêt, ou pas forcément à notre goût...

screen013On se dit que ce remake ne remplacera jamais l'original, il ne fera que le compléter. Ce qui est vrai, quelque part, mais qui reste très injuste envers Rebirth tant ce dernier place la barre très, très haut.

Pour chipoter davantage, on pourra noter de superbes effets d'orage en intérieur... alors que la nuit est calme au dehors. Et toujours absente, cette possibilité de recharger à la volée.

Bref, ce rejeton est si insolent envers son ancêtre qu'on lui cherchera des poux dans la tête, pour le punir d'ainsi reléguer le passé au placard.

Mais... qui peut reprocher à un enfant d'être meilleur que ses parents?

Incontournable, insurclassable, un joyau.

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Si Resident Evil 1 était déjà un monument du jeu vidéo, il est carrément sublimé dans ce remake peaufiné à l'extrême, une totale réussite à tous les niveaux.

Doté d'une réalisation qui relève du perfectionnisme maniaque, avec des environnements grouillant de vie (animée cette fois), d'une splendeur morbide inégalée, avec une bande son géniale et un concept transcendé, Rebirth est prenant, angoissant, captivant, envoûtant, remarquablement équilibré.

Jamais jeu vidéo n'aura été si proche d'une Oeuvre d'Art.

Dans le genre, on ne fait pas mieux. Un jeu de caractère, une expérience hautement immersive, une danse macabre orchestrée avec génie.

Merci, M.Mikami pour avoir offert ce véritable cadeau de noël aux enfants que nous sommes, qui aimons nous faire peur dans le noir.

VERDICT : 10/10

10

Les +

  • Dans le genre horreur gothique, on n'a pas fait mieux depuis
  • Une réalisation de haute volée
  • Une identité artistique inimitable
  • L'atmosphère, toujours aussi prenante
  • Un remake exemplaire, aussi respectueux que novateur
  • Le manoir, qui en impose plus que jamais
  • Lisa Trevor
  • Les énigmes repensées et les passages inédits
  • Les armes défensives
  • La map la plus confortable qu'il m'ait été donné de voir dans un jeu vidéo

Les -

  • Les écrans plats lui ont filé un sale coup de vieux
  • L passage en forêt, trop court
  • L'ouverture des portes, toujours impossible à zapper au second passage
  • Trop peu d'améliorations de jouabilité