Resident Evil the Darkside Chronicles (2009)

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Second volume de la mini-série des Chronicles, Resident Evil Darkside Chronicles pointe le bout de son flingue sur la Wii de Nintendo en cette fin d'année 2009. L'occasion de faire un joli cadeau de noël aux malheureux inconditionnels qui n'auraient pas encore pu s'y essayer, et qui, avant de pouvoir découvrir ce nouveau jeu de tir revenant sur deux des épisodes les plus cultes de la saga de Capcom, doivent trépigner d'impatience. Une impatience somme toute justifiée! Explications.

Test rédigé par Manoir. 

Piqûre de rappel

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Un petit rappel s'impose pour ceux qui auraient du mal à suivre les nombreuses déclinaisons que connaît aujourd'hui le virus nommé Resident Evil. Il y a la série officielle, qui comprend Resident Evil Ø, 1, 2, 3 Nemesis, 4 et 5 ainsi que Code Veronica. Se reporter aux tests présents sur ce site pour plus d'informations. Puis il y a les "Gun Survivor", qui sont des jeux de shoot en vue subjective, dont un épisode a vu le jour sur la PlayStation 1, puis deux sur la PS2 (Code Veronica Survivor et Dead Aim).

Les Chronicles, eux, s'orientent sur le rail-shooter, qui sont également des jeux de tir, mais où la progression est générée automatiquement : tout ce que le joueur a à faire est de déplacer son curseur pour viser au mieux les créatures qui viennent l'agresser. Et dans cette catégorie, il y a eu The Umbrella Chronicles (RETUC pour les intimes) sur la Wii, et aujourd'hui The Darkside Chronicles sur la même machine. En dehors du fun dégagé par ce type de gameplay épuré à l'extrême, ils font office de résumé complet de la saga. The Umbrella Chronicles se chargeait de reprendre les trames de Resident Evil Ø, 1 et 3, celles de Resident Evil 2 et Code Veronica étant réservées à ce tout nouveau Darkside Chronicles, qui nous intéresse ici, aujourd'hui.

Il y a aussi les Outbreak, mais ceci est une autre histoire. Se reporter également au test du premier Outbreak dans la catégorie "les hors-série".

Les zombies sont nos amis, il faut les shooter aussi

screen02Disons-le tout net, là où The Umbrella Chonicles échouait à nous proposer un segment inédit digne d'intérêt, The Darkside Chronicles ouvre son bal macabre avec son inédit à lui, Opération Javier, bien plus abouti à tous niveaux. Opération Javier verra ses chapitres disséminés tout le long du jeu, servant ainsi de fil conducteur à la narration. On y découvre le partenariat entre Leon et Krauser au cours d'une mission en Amérique du Sud, quelques années avant le déroulement de Resident Evil 4 (dans lequel on retrouve ces personnages, mais ennemis ce coup-ci).

Et c'est avec délectation, qu'on replonge dans ces événements qui ont marqué les mémoires, entre l'infection de la population de Raccoon City pour RE2, et la quête de Claire Redfield pour retrouver son frère Chris disparu, pour Code Veronica. Un premier constat s'impose : Darkside est plus percutant que son aîné, grâce à une caméra dynamique style reportage (très en vogue) qui amortit l'effet "rail", des ennemis plus réactifs, une mise en scène générale plus nerveuse, et un level design sans doute mieux pensé.

Les amateurs retrouveront vite leurs marques, la maniabilité restant dans les grandes lignes la même que sur The Umbrella Chronicles, mais en bien plus souple. On shoote les ennemis à vue, sachant que les headshots (désormais plus accessibles) rapportent davantage de points, points qui serviront à gagner de l'argent pour améliorer les différentes armes du jeu.

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Une customisation d'ailleurs beaucoup plus détaillée et concrète sur ce volet.
Pour améliorer son butin, comme d'habitude, on s'éclatera à défoncer mobiliers et luminaires autour de soi. Ces "exactions" sont d'ailleurs plus souvent récompensées sur Darkside que sur son prédécesseur, ce qui est une très bonne chose!..

Quelques améliorations font une entrée remarquée, comme l'apparition de son arme à l'écran quand on recharge (excellent, ça : ça donne du corps) et le stick directionnel (ou la croix, mais c'est moins pratique) mis à contribution pour disposer son arsenal. Ce dernier point est plus qu'appréciable, comparativement à l'obligation de passer tout l'arsenal en revue pour atteindre l'arme de son choix, comme c'était le cas sur RETUC. Certes, on ne pourra plus de ce fait décaler la vue à droite ou à gauche, mais il faut bien reconnaître que ça ne servait pas à grand chose.

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Par ailleurs, l'intégralité de l'arsenal est désormais accessible à tout moment du jeu, le joueur ayant ainsi la possibilité de changer son équipement létal en cours de mission. Infiniment plus confortable que la contrainte imposée par The Umbrella Chroniclesde se contenter de l'arme choisie en début de mission, quoiqu'il arrive.
Enfin, les herbes vertes récupérées en cours de mission sont maintenant stockées et utilisables sur décision du joueur.

The Darkside Chronicles est ainsi beaucoup plus souple dans sa maniabilité que ne l'était The Umbrella Chronicles, pour laisser le fun s'épanouir davantage.

Raccoon / Rockfort : 1 partout la balle au ventre

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Les scénarios originaux de RE2 et Code Veronica sont bien respectés et résumés de manière tout-à-fait honnête. L'histoire se suit bien, reste toujours aussi passionnante et les cinématiques sont encore une fois très réussies, avec des personnages superbes et impeccablement retravaillés.

Comme les épisodes cités sont moins nombreux que sur le premier opus, les développeurs ont pu s'attarder un peu plus en peaufinant davantage les segments, qui comptent désormais 7 à 8 chapitres, en lieu et place des trois de The Umbrella Chronicles. Quelques libertés sont quand même prises, très souvent pour justifier la présence permanente d'un binôme à l'écran et donc le mode deux joueurs. Rien de bien méchant cependant, tant est grand le plaisir de retrouver sous un jour nouveau ces lieux emblématiques, ces séquences-cultes, et tous ces personnages marquants.

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Il faudra aussi s'attendre, résumé oblige, à de bons gros raccourcis, ce qui en frustrera sans doute quelques uns, se désolant par exemple de l'absence du combat contre Alexia dans le hall du manoir, ou d'un Brian Irons très furtif, presque insignifiant. Mais là non plus, pas de quoi hurler à la trahison pour autant. Ce qui compte est présent, avec cette ferveur qu'on ressent à enchaîner les niveaux, à toujours vouloir en voir plus. The Darkside Chronicles comble le fanboy et se révèle en bout de course beaucoup plus homogène et abouti que son prédécesseur. On se souvient en effet d'un The Umbrella Chronicles bancal, qui, après avoir si bien restitué les épisodes Ø et 1, devenait subitement lassant et rébarbatif, voire carrément bâclé. The Darkside Chronicles, lui, apporte du fun de bout en bout, et jouit d'une qualité constante. On ne peut que l'en féliciter.
Il est donc prenant, sacrément plaisant, jouissif et remplit donc bien son contrat.

The Darkside Chronicles est aussi plus gore que son aîné : là où un headshot dévoilait auparavant un pudique filet de sang, à présent l'hémoglobine éclabousse jusqu'à la caméra! Ce n'est pas une fin en soi, mais c'est déjà plus en adéquation avec le genre et plus fun aussi. On notera enfin un réel effort fourni sur la partition musicale, avec de bonnes reprises des thèmes originaux, et des inédits plus ou moins efficaces. Si aucune piste ne restera gravée en mémoire, elles ont néanmoins le très grand mérite de toujours rester dans le ton et de respecter l'ambiance, contrairement à celles de The Umbrella Chronicles, qui alternaient entre franches réussites et soupes indigestes.

L'amour, les ptits zoiseaux, des conneries comme ça, quoi (© Coluche)

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Le jeu a beau avoir redressé la barre d'un premier volet inégal, il n'en conserve pas moins quelques carences plus ou moins dérangeantes. Le plus regrettable concerne l'absence de scénarios parallèles à débloquer, qui était l'un des plus gros atouts de The Umbrella Chronicles, et où l'on pouvait explorer les coulisses des événements majeurs en dévoilant pour l'occasion l'itinéraire des personnages secondaires.

On espérait tout de même un minimum de ce côté pour ce nouvel opus, d'autant que les épisodes repris y sont moins nombreux. Malheureusement, rien de tout ça dans The Darkside Chronicles. Quel dommage! Même remarque pour les embranchements secrets, auxquels on avait parfois droit en tirant dans une porte, et qui ici répondent désespérément... absents. On a bien des choix d'itinéraires sur certains niveaux, mais aucun n'est secret, à découvrir au fil de ses passages. Encore dommage, ça mettait un peu de sel.

On constate aussi à quel point les menus principaux sont fades, sans âme, alors que ceux de son prédécesseur avaient de la gueule et s'illustraient d'un thème agréable. Dur!
Et que dire de cette baisse brutale de la qualité visuelle sur le niveau des égouts de RE2! C'est flou, les couleurs bavent, c'est visuellement crade sans pour autant correspondre à un parti-pris artistique.

Heureusement, ce sera le seul chapitre à voir sa qualité graphique à ce point dégradée.
Car sur le reste du jeu, si on remarque quelques effets désagréables comme des couleurs parfois ternes, des ombres qui clignotent au sol ou des effets de textures qui bougent d'un seul tenant sur tout le décor(comme si l'environnement était fait d'un seul bloc), la patte graphique reste plus qu'honorable, sachant que nous sommes sur Wii.

Un défaut commun cependant, avec cette caméra qui s'attarde sur une portion de décor le temps d'un dialogue entre les protagonistes, ce qui freine le plaisir et l'action. Défaut accentué ici par ces séquences caméra à l'épaule très péchues. Heureusement, ces séquences sont souvent zappables une fois le niveau bouclé. Les QTE sont peu fréquents, et surtout réservés aux boss. Quand il y en a avec des zombies, ceux-ci ne sont pas instantanés, mais n'apparaissent qu'après un temps de latence qui casse le rythme. Pas très heureux.

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Les dialogues ont aussi bénéficié de peu de soins, s'avérant parfois redondants ("c'est trop calme, par ici"), parfois carrément ridicules ( Claire : "qu'est-ce que c'est que cette créature, mon Dieu?" Leon, blindé d'un esprit de déduction qui laisserait pantois Sherlock Holmes en personne : "c'est un MONSTRE!"). D'ailleurs, pour ceux qui veulent suivre l'histoire, il faudra passer outre certaines traductions lamentablement foireuses, notamment lors des passages de transition en voix-off, qui relèvent du traducteur automatique internet en mode mot à mot! Heureusement, ça n'entame pas la compréhension globale.

Et pour conclure ce cahier des charges, le fait de résumer les histoires au plus court est une bonne chose pour la compréhension générale, mais ça fait aussi ressortir les défauts, comme par exemple le fait de recaser systématiquement (ou presque) une histoire de sentiments mielleuse dès qu'un homme et une femme apparaissent dans un même scénario. On frôle souvent le mièvre, sans doute destiné à compenser l'horreur des événements, mais tout ça manque singulièrement de subtilité.

On en vient d'ailleurs à se demander comment ont pu être épargnés Jill et Chris depuis toutes ces années, et pourquoi pas imaginer un amour impossible entre Jill et le Nemesis..?

Resident Evil : un virus tenace à multiples mutations

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Dans le test de The Umbrella Chronicles (s'y reporter pour plus de précisions), il était dit que ce The Darkside Chronicles s'annonçait bien. Et force est de constater qu'il jouit effectivement d'une qualité globale bien plus homogène que son inégal prédécesseur. Même son segment inédit est soigné et sert de lien narratif entre les épisodes, dévoilant pour la plus grande joie des fans le lien qui unissait Leon et Krauser avant de devenir ennemis.

Le bonheur de visiter les passages d'anthologie d'épisodes connus (ici RE2 et Code Veronica) sous un jour nouveau est encore de mise sur ce volet : les inconditionnels seront émus de retrouver ce bon vieux commissariat de Raccoon ou le palais de l'île de Rockfort, mais pourront en revanche se désoler de certains raccourcis ou de certaines libertés prises avec les scénarios originaux, sans pour autant que celles-ci soient rédhibitoires.

Il est vrai que ce nouveau Chronicles n'a pas que des qualités, à commencer par l'absence de scénarios parallèles qui avaient fait une bonne partie de l'intérêt de The Umbrella Chronicles. Très regrettable. Son menu principal a aussi beaucoup moins de charme, les QTE sont moins nombreux et peu convaincants, enfin la customisation des armes est encore plus onéreuse qu'auparavant. Mais ça n'atteint pas le plaisir de jeu, qui répond présent du début à la fin, avec des zombies plus réactifs et une action soutenue sachant réussir ses quelques effets de surprise.

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Un concept ultra-limité, certes, une liberté d'action bridée, certes, mais il s'agit au final d'un excellent rail-shooter, de ces jeux dont on n'attend à priori pas grand chose mais qui développent rapidement auprès du joueur une bonne dépendance, notamment auprès des fans bien sûr.

La mini-série des Chronicles gagne en qualité et procure toujours son petit effet, y revenir encore et toujours n'étant clairement pas un problème, bien au contraire!. S'il doit y avoir un prochain volume(et on peut parier ici que ce sera le cas), il reprendra les épisodes 4 et 5... de quoi rêver, non?

En attendant, The Darkside Chronicles possède un super pouvoir ludique indéniable, il est prenant, jouissif et se révèle au final être un incontournable pour les fans de Resident Evil (même s'il n'honore pas réellement l'atmosphère initiale des jeux officiels) aussi bien que pour les amateurs de shoot.

On pourra toujours s'indigner qu'un concept comme Resident Evil, à la base taillé pour mélanger l'action et l'aventure, se soit vu réduit à son expression la plus primaire, il n'empêche que The Darkside Chronicles continue de fonctionner à pleins tubes de par ses hautes vertus ludiques. La magie opère toujours et on en redemande!

VERDICT : 7/10

7

Les +

  • Visuellement plus abouti que son aîné
  • Maniabilité un peu plus souple
  • Une customisation des armes plus détaillée et claire
  • L'arme qui apparaît quand on recharge
  • Resident Evil 2 et Resident Evil Code: Veronica, tout de même!
  • Arsenal complet à disposition à tout moment
  • Les soins utilisables sur besoin du joueur
  • Bien gore
  • Les musiques, bien meilleures

Les -

  • Pas de scénarios parallèles à débloquer
  • Pas d'embranchements secrets
  • La caméra virevoltante, qui ne plaira pas à tout le monde
  • Le niveau des égouts visuellement dégueu
  • Dialogues peu travaillés
  • Quelques traductions à la ramasse
  • Parfois mièvre
  • Les menus, moins réussis que ceux de RETUC